La FESAL-E est née à Berlin le 19 septembre 2003
 

En 1998, quelques représentants d’organisations syndicales européennes (les énumérer) se sont réunis à Grenade en Espagne.

Ils ont enregistré leur accord sur un certain nombre de positions concernant l’offensive de déréglementation menée par les gouvernements de l’Union européenne, visant l’école dans sa totalité, les statuts des personnels et se traduisant par une formidable expansion de la précarité.

Voici les positions qu’ils ont adoptées :

(GRENADE 98)

Depuis cette date, des rassemblements d’une puissance toujours plus importante se sont tenus à Seattle, à Florence, à Gênes. Un très puissant mouvement de grève s’est développé en France en mai-juin 2003, mouvement qui a tendu ses efforts pour imposer la grève générale contre les plans du gouvernement Raffarin, sans y parvenir tout à fait. Puis, en août 2003, un nouveau rassemblement de grande ampleur s’est tenu au Larzac en France.

Les exigences portées par de petits groupes en 1998 à Grenade sont aujourd’hui partagés par des centaines de milliers (et probablement des millions) de salariés, de jeunes, d’immigrés, de chômeurs au plan européen (et mondial).

Pendant ce temps,

• les gouvernements, les patronats ont affiné, perfectionné leur collaboration ; ils ont aggravé leur offensive, ont adopté de nouvelles règles de plus en plus précises concernant l’école : l’école est toujours plus consacrée à la “ formation de producteurs ” ; elle est sans cesse plus privatisée (au profit des églises, mais surtout elle est toujours plus annexée aux entreprises) ; elle est toujours plus déréglementée : les statuts sont partout attaqués et dégradés, la précarité se répand à une vitesse effrayante.

• MAIS en face, et malgré la prise de conscience massive, nous restons dispersés, pays par pays ; nous continuons de réfléchir dans des cadres fondamentalement nationaux ; nous continuons de rester enfermés dans des stratégies nationales de prise de pouvoir (ou plutôt de partage du pouvoir), d’alliances (entre autres syndicales) qui leur sont subordonnées. Au plan européen, une seule structure monopolise la centralisation : la Confédération européenne des syndicats (CES). Or, loin d’être une coordination syndicale dictée par les besoins des masses de salariés européens, aidant à leur mobilisation CONTRE les plans de l’UE qui, tous, les menacent, c’est en fait une pseudo confédération, une “ antenne syndicale ” de l’UE, dont l’ambition est tout au plus “ d’alléger ” sur le plan social les effets des plans de l’UE, de les “ amortir ”.

La CES, en vérité, est tout entière ordonnée par la conviction qu’il s’agit d’un horizon indépassable. Tout naturellement, son mode de fonctionnement est celui d’une “ super-bureaucratie ”, qui ne prend pas en compte les besoins et les aspirations de la “ base ”, mais tente de la contenir dans les cadres autorisés par les plans de l’UE, plans conçus comme inévitables.

*

NOUS DECIDONS ce 19 septembre 2003, à Berlin, de prendre le parti volontariste de rompre avec ces logiques :
• Des millions de salariés, de jeunes, de chômeurs, nationaux ou immigrés, refusent de toutes leurs forces ce monde qui nous est promis et qui se semble se mettre en place de manière inéluctable ;
• ils refusent le recul de civilisation qui s’exprime dans la destruction méthodique de l’école conçue comme institution permettant l’entrée des enfants dans la culture commune de l’humanité ;
• Ils refusent que des règles comptables, en réalité dictées par la recherche effrénée du profit pour quelques-uns, condamnent les plus faibles et les plus pauvres à mort : 15 000 morts en France pendant l’été 2003.

C’est ce refus qu’il s’agit d’aider à s’organiser, qu’il faut nourrir, faire connaître, coordonner.

Le plan européen s’impose comme inévitable.

Ce refus exige de rompre avec la logique exprimée par la CES, qui est celle de la soumission, d’hypothétiques “ améliorations à la marge ”.

Ce refus exige de rompre avec la logique de “ l’accompagnement critique ”.

Ce refus exige d’autres relations, d’autres modes d’organisation et d’autres pratiques que ceux en vigueur dans la CES et dans les syndicats nationaux qui la composent : verticalisme, bureaucratie, ordre venant d’en haut.

En proclamant le lancement de la construction de la Fédération européenne du syndicalisme alternatif dans l’enseignement (FESAL-E), nous n’avons pas pour ambition “ d’aiguillonner ” la CES et ses syndicats qui, eux, veulent “ aiguillonner ” l’UE.

Nous lançons la construction d’une fédération de ceux qui veulent promouvoir l’action solidaire de tous ceux qui refusent le monde qui nous est promis par un capitalisme rentier, avide et barbare.

Nous ne subordonnons pas notre action à des stratégies d’alliances, de compromis ou de “ combinaisons ” politiciennes en vue du partage du pouvoir.

La FESAL-E ne sort pas toute construite de cette décision : elle est à construire.

Elle ne sort pas toute organisée de notre décision : elle est à structurer, à concevoir.

La FESAL-E ne se construit pas en commençant par désigner des “ chefs ”, un appareil, des structures, des voyages, des bureaux : elle veut avant tout matérialiser une nécessité, un besoin, une aspiration : la lutte coordonnée, commune, solidaire contre ce monde.

Parce que c’est notre volonté, parce que c’est l’expression de la volonté de millions, la FESAL-E EXISTE !

C’est à partir de ces motifs que les fondateurs proposent à la discussion de ceux qui veulent construire la FESAL-E les principes de fonctionnement suivants :

Adhésions
Ont vocation à rejoindre la construction de la FESAL-E
-          des organisations nationales construites (sur la base du syndicalisme alternatif, de base, anticapitaliste, anti-libéral)
-          des organisations constituées sur une base locale ou régionale
-          des groupes qui se proposent de mener ce combat
-          des individus, adhérents ou non aux “ grandes confédérations ”,, qui ne s’y reconnaissent pas, sans pouvoir pour autant s’y regrouper en “ tendance ”
           (Allemagne, Royaume-Uni).

 Constituée sur la base de la défense de l’école, de l’université et de la recherche, du droit à l’enseignement, la FESAL-E a vocation à accueillir des personnels de l’enseignement, de l’université et de la recherche, mais aussi des étudiants et même des salariés d’autres secteurs, qui reconnaissent l’importance de ce combat socialement essentiel.

Fonctionnement
La FESAL-E est une fédération qui garantit l’autonomie des organisations, groupes et individus qui la composent ; elle veut aider leur solidarité, leur défense mutuelle, la coordination de leur action.

 Prise de décision
Pas de bureaucratie, pas de “ centre de commandement européen ”, pas de “ chefs ”, d’organisations dominantes ou subordonnées.

Le mode naturel de relation et de prise de décision est la discussion libre, la recherche de l’accord, de l’unanimité ou de la très large majorité, non pas imposée autoritairement par une “ hiérarchie ” ou des chefs plus ou moins autoproclamés, mais résultant de la discussion.

Unanimité ou très large majorité, c’est la discussion et l’entente qui priment.

Autonome, chaque organisation ou groupe peut décider librement de ne prendre part qu’aux actions qu’il a acceptées.

Débat et expression publique
La FESAL-E n’est tout naturellement que ce qu’elle fait. Elle existe par ses initiatives.

Le processus de décision d’agir pourrait être le suivant :
-          initiative proposée à tous ;
-         débat européen pour préciser, discuter de l’opportunité, de la forme de l’initiative proposée. Un forum internet est la forme la plus adaptée pour mener à
           bien cette phase. JF Guillaume (SUD Grenoble-France et membre de l’École émancipée) le met en place, aidé de Georges Leroy (SUD éducation Paris)
-          réunion “ légère ” (peu coûteuse) pour finaliser le projet et le mettre en œuvre (les téléconférences pourraient éviter des voyages fréquents, très coûteux)

Une première initiative peut se tenir dans le cadre du FSE de Paris/St. Denis de novembre 2003, sous la forme d’un meeting de la FESAL-E.

Un tract sera édité par SUD Paris, en français, anglais, espagnol et italien. SUD éducation Paris s’efforce de trouver une salle pour le tenir. Le tract pourra constituer un numéro 0 de l’organe de la FESAL-E.

Financement
Pas de bureaucratie, mais des moyens d’agir. Pour alimenter une caisse européenne permettant de financer les initiatives (et les moyens de nourrir une “ jet set alternative ”), quelques pistes à discuter et à améliorer :
-          contribution de chaque composante, déterminée par le nombre de ses adhérents et le revenu moyen mensuel des personnels de l’éducation de chaque pays.
-          1/12ème de la cotisation de cette organisation ?
-          Somme forfaitaire ?
-          Souscription ?

Chaque composante met ces propositions en débat, tente de les chiffrer, et rend un avis au moment du FSE et du meeting FESAL-E.

Combat immédiat et permanent
La FESAL-E doit nécessairement mettre au centre de son activité le combat commun et solidaire pour les libertés syndicales et le droit de grève. Ce sont les gouvernements qui, au premier chef, cherchent à empêcher l’expression libre et indépendante des salariés en résistance à leurs plans.

Pour cela, les démarches en direction des institutions européennes (cf. UNICOBAS-Scuola, Italie) doivent être poursuivies et menées à bien : rendez-vous demandés, lettres, démarches par rapport à la “ constitution européenne ”, etc.

La FESAL-E met au premier plan de ses propositions d’actions communes la défense collective et mutuelle des personnels victimes de la répression du fait de leur résistance aux plans de l’UE.

Ces principes doivent être discutés et amendés, précisés. C’est leur discussion qui affirmera les règles communes dont la FESAL-E se dotera progressivement.

La FESAL-E n’est pas encore “ construite ”, mais d’ores et déjà, ELLE VIT !

Vive la FESAL-E !