Le "traité constitutionnel européen" ne marque pas une dérive libérale : il est la conclusion de la construction progressive depuis cinquante ans d'une Europe capitaliste entièrement libérale !

C'est un rejet massif par tous les moyens possibles et à tous les niveaux, nationaux et europeen, qui doit lui être opposé.

Cette prétendue " constitution " n'a pour commencer rien de démocratique : elle n'est pas issue d'une " constituante " élue à cet effet, sur la base de projets.

Mais parce qu'elle fixe un projet " global ", on ne peut s'y opposer à partir de points de vue particuliers ou corporatifs.

Il n'y a pas lieu non plus d'y voir la " pression " des grandes institutions mondiales du capital financier : depuis plus de trente ans, depuis précisément que le FMI a aidé Margaret Thatcher à accomplir en Grande-Bretagne sa très ravageuse contre-révolution libérale, ces institutions (FMI, OMC, Banque Mondiale, etc.) ont délégué aux institutions européennes le soin de mener cette bataille, leur ont conféré la pleine responsabilité de le faire. Le FMI a en revanche " préparé " les nouveaux États issus du bloc de l'Est à leur entrée dans l'UE, en s'appuyant largement sur l'écrasement des résistances ouvrières dont se sont chargées les anciennes directions " communistes ". Aucune " excuse " donc dans une " pression extérieure " à laquelle il faudrait " aider l'Europe à résister " !

Certains vont même plus loin en ajoutant qu'il faudrait d'autant plus construire cette Europe que Bush a été réélu : Bush n'a pas besoin de faire pression. C'est son système que les institutions européennes mettent en place !

Ce à quoi il s'agit de dire non, c'est à la conclusion d'une entreprise méthodique et pourtant difficilement perceptible tant elle a été délibérément brouillée et a mimé la démocratie, et qui est entièrement libérale. Elle s'est construite pierre après pierre, traité après traité, Rome en 1958 puis en 1967, Maastricht en 1991, Amsterdam en 1997 et Nice en 2000, non sans soubresauts ni conflits, mais sur une ligne constante et cohérente. On peut dire que ce " traité constitutionnel " est la clé de voûte de cet édifice, voire sa " pierre tombale ", se refermant sur les derniers espaces de débat démocratique, conflictuel, politique en Europe. L'image est parfaitement fondée.

Pourquoi ?

Un changement de régime

La mutation fondamentale repose sur le transfert du pouvoir de décision du domaine du politique au domaine de l '" expertise ", au domaine " juridique ". Le domaine du politique, c'est celui de la conflictualité, de l'opposition possible entre conceptions divergentes du monde, de la société à construire.

Le transfert à l'expertise, à la " technocratie ", au " juridique ", c'est le règne de l '" expert " économique ou juridique, qui dit " ce qui doit être ", " ce qui ne peut pas ne pas être ", " ce qui ne peut être évité ", sans débat possible.

C'est la disparition d'un droit social, reposant plus ou moins explicitement sur la reconnaissance d'intérêts divergents et potentiellement conflictuels, sur des intérêts de classe opposés, et produit de luttes historiques, au profit d'un droit civil, où seuls les individus (et leur nombre) ont des droits, opposables à tous. Et avant tout le droit de propriété lucrative.

La mise en place progressive d'un espace entièrement organisé autour du droit de propriété, du droit des actionnaires

Toute l'histoire de l'Europe peut se résumer à l'imposition de plus en plus radicale des règles permettant de libérer le droit du capital, des actionnaires, à agir sans aucune entrave pour le meilleur gain de leurs investissements.

C'est donc très naturellement l'abolition de toutes les barrières légales héritées de l'histoire du conflit de classes, en particulier de tout ce qui, même imparfait, même limité, entrave la libre et totale exploitation sur les seuls critères des actionnaires. En font partie le Droit du travail, les statuts, les conventions collectives (avec leur adéquation entre qualifications, classifications, grilles de rémunération, etc.), les droits syndicaux, le droit de grève, le droit d'assemblées à défendre ou à conquérir et les secteurs non ouverts à l'accumulation, comme la Santé, y compris la Sécurité sociale, les retraites par répartition, mais aussi l'école, les transports, la poste, les télécommunications.

Il s'agit d'abolir tout ce qui entrave la libre valorisation du capital dans tous les secteurs : on en voit l'expression dans le détournement des statuts par la précarité généralisée, dans la mise au travail obligatoire rebaptisée " recherche du plein emploi " (avec les mesures de " Workfare "), mais, bien entendu, aussi par le basculement dans le secteur " ouvert à la concurrence " de toutes ces activités.

Le capital veut " librement " pouvoir exploiter au compte de ses actionnaires les aspects les plus rentables des chemins de fer, de la Poste, de la Santé, de l'éducation.

Aux derniers vestiges des États nationaux (outre leurs responsabilités de maintien de l'ordre) d'assumer, s'ils le veulent, les services résiduels (et non rentables) pour les plus démunis, au nom de la charité ou du " brancardage social " et de la recherche de la " paix sociale " : acheminement des lettres, quelques accès téléphoniques, quelques trains sur des réseaux ferrés mal entretenus, une instruction de base pour la masse.

Un seul " droit " absolu : le droit à la propriété lucrative et à sa " libre " valorisation.

C'est ce programme qui se met en place avec la plus grande opiniâtreté depuis cinquante ans. Il n'y a pas de " dérive libérale ". C'est à cette lumière que l'on peut comprendre la logique de toutes les mesures prises dans chacun de nos pays depuis cette époque, mesures que nous percevions comme odieuses, mais disparates, prises l'une après l'autre, sans plan apparent. Or, ce plan existe. Le " traité constitutionnel " entend le parachever en lui donnant une forme " constitutionnelle ", celle de " loi fondamentale ", où seraient gravés dans le marbre les principes qui dictent cette édification depuis son origine, en donnant " force de loi " à ce qui est toujours apparu, à tort, comme des mesures " techniques " d'ajustement.

Aujourd'hui, dénoncer les conséquences de certaines directives européennes sans lutter pour le rejet du projet de constitution, c'est vouloir délibérément tromper salariés et électeurs.

L'occasion d'un " réveil "

Nous avons été endormis depuis des années par des gouvernants et des représentants qui ont fait comme si tout cela faisait l'objet d'un débat " démocratique ", alors qu'au mieux (pour la soi-disant Confédération européenne des syndicats en particulier) ces " représentants ", politiques comme syndicaux, étaient considérés et traités comme des " experts " parmi tant d'autres, comme des " lobbies " parmi les lobbies.

REJETER PAR TOUS LES MOYENS POSSIBLES DANS CHAQUE PAYS CONCERNE CE TRAITE CONSTITUTIONNEL, c'est commencer le travail de déconstruction à partir du point d'aboutissement de l'entreprise, à partir de sa logique globale enfin révélée, en reprenant chaque point par rapport à cet objectif global, chaque mesure par rapport à sa cohérence à l'ensemble.

C'est pouvoir commencer à concevoir un affrontement global parce qu'on a enfin compris la globalité.

C'est pouvoir exiger et conquérir l'abrogation de l'ensemble de ces mesures.

C'est pouvoir enfin fonder une résistance globale et consciente de l'ensemble des salariés d'Europe.

C'est précisément ce que la FESAL s'est fixé. Et c'est la raison pour laquelle elle appelle à se réunir, à agir collectivement pour mettre en échec ce projet, à travailler à la mise à jour de ce plan global.

C'est dans ce mouvement qu'ensemble, au niveau européen, nous pourrons commencer à élaborer les éléments d'un programme de revendications pour une Europe vraiment sociale et démocratique.

Aderiscono alla FESAL – E: l'AltrascuolA Unicobas Italia - FESAL - E Studenti Italia - Si Può – Or.S.A. Università Italia - Collettivo in lotta per la costruzione di un sindacato libertario nel settore dell'educazione Portogallo - CGT Enseñanza Spagna - SUD Education Paris Francia - SUD Education Grenoble Francia - Collettivo FESAL – E Francia - SISA Sindacato Indipendente Studenti e Apprendisti Svizzera - Associazione culturale e giovanile Altrascuola Svizzera – Sindacato InterProfessionale SIP Svizzera – Collettivo FESAL – E Slovenia Collaborano: Bildungssyndikat Region Bern Svizzera e CASA - Accademia Estiva di Analisi Culturali dell'Università di Amsterdam Olanda

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