Addio a Jacky, fratello, amico e compagno
di Jose Mari Olaizola

10.7.2002
Aujourd’hui est un jour triste et douloureux pour nous tous car notre compagnon, notre ami Jacky, n’est plus là, mais il reste présent dans nos cœurs, et restent présents son militantisme anarchiste, sa solidarité, son appui, sa lutte pour la liberté, la justice et la fraternité, ces valeurs qui nous unissent à lui, au-delà des perceptions personnelles, plus ou moins positives des uns et des autres, ces valeurs ne doivent pas nous unir seulement en ce moment, mais au-delà, demain et les jours suivants, jusqu’à ce que nous soyons devenus des hommes et des femmes libres. Je suis sûr que ce serait son désir, son rêve et sa lutte. Je ne peux oublier, comment, il y a 15 jours, alors qu’il était dans une situation désespérée, il nous a envoyé un message d’appui, nous souhaitant du succès pour les manifestations qui sont prévues ce Week-end à Séville.

 

Il y a plein de choses que je pourrais dire de lui. Mais je voudrait surtout rappeler ce qu’étaient son attitude et son être. Dans ma longue vie de militant, pendant mon exile en France et pendant les années où j’ai eu des responsabilités en qualité de secrétaire général de la CGT espagnole, j’ai eu une relation fraternelle extraordinaire avec lui, j’ai connu et il m’a fait partager sa solidarité, sa critique loyale dans les idées anarchistes. J’ai beaucoup appris de lui qui, comme d’autres, à l’exemple du grand Gégé, également décédé, eut une action fondamentale pour jeter des ponts, ouvrir des portes, dépasser les dogmatismes et sectarismes. Son aide fut basique pour initier ce que j’appelle les blocs “rouges et noirs”, c’est-à-dire, l’action, l’intervention conjointe des différentes sensibilités libertaires, anarchistes, anarcho-syndicalistes dans les diverses manifestations contre le capital, en respectant l’autonomie de chacun, le fédéralisme, enfin, en agissant comme égaux, ou, en résumé, la visualisation d’une manière de voir le monde différent, une manière libertaire.

 

Il a été un des militants clef de l’anarchisme, pour transmettre notre initiative, en faciliter le débat, apporter des arguments, tout ceci sans se mettre en avant et je crois que c’est depuis ce moment, si je me souviens bien pour la première fois à Lyon, dans le G. 7, en 1996, que le mouvement libertaire a fait de grands pas dans chaque rencontre, allant plus loin à chaque fois.

 

Il comprenait et pratiquait aussi bien un travail de masse qu’un travail spécifique. Il était capable de trouver l’équilibre entre différentes positions dans l’intention de réunir les énergies transformatrices et révolutionnaires.

 

Ce fut le chemin pour redonner confiance, ce fut la pratique nécessaire pour avancer vers une internationale libertaire, dans laquelle chacun d’entre nous pourrait se retrouver, quelle que soit sa spécificité : syndicale, sociale ou politique, c’est-à-dire tous les libertaires. Une internationale nécessaire pour faire face à la terreur internationale du capital dans un monde globalisé, terriblement cruel et inégalitaire. Dans ce combat, entre autre, notre ami Jacky était impliqué et son apport fut très important.

 

Malheureusement, ces illusions sincères, cette clairvoyance des idées sur comment et par où doit passer le projet transformateur et révolutionnaire qui nous émancipera, ne sont pas souvent faciles à mener à la pratique. Nous autres anarchistes sommes des êtres humains avec nos passions, nos pratiques, nos incompréhensions, auquel s’ajoute l’environnement asphyxiant qui nous entoure, qui créent des difficultés moins que nécessaires et provoquent, dans de nombreux moments, désagréments et déceptions dans un monde imparfait et criminellement injuste. Ce monde, qui contrôle l’être humain d’une manière totale et sibylline et qui n’hésite pas à utiliser la force brutale et destructrice pour s’imposer et soumettre la majorité de la société, nous impose aussi de surmonter les difficultés, les désillusions et les déceptions, de mettre toujours en doute nos propositions, de montrer une largesse d’esprit, un cœur ouvert, de savoir écouter, d’apprendre à cheminer ensemble, de faire preuve de cohérence, d’éthique et de responsabilité, d’être conscients que nous ne pouvons être coresponsables de tant d’inhumanité brutale, par nos différences, par nos patrimoines absurdes, par sentiments de se croire détenteur de la vérité. Tout ceci était très clair pour notre ami Jacky. Il était capable de surmonter les problèmes et c’est en ce sens qu’il travaillait et apportait son grain de sable, et c’est ainsi que, petit à petit, nous avons progressé vers des résultats positifs.

 

Peut-être sommes-nous à un moment qui connaît un certain frein à cette dynamique, ou du moins il faudrait aller plus loin. Que son attitude et son exemple nous servent pour un nouvel élan, pour arriver à cette coordination mondiale de tous et toutes, sans exclusion, pour pouvoir ensuite construire, ici et maintenant, jour après jour, une société parallèle, alternative que nous pourrons montrer avec orgueil et humilité, au monde. C’était une des aspirations de Jacky pour laquelle il travaillait avec conviction.

 

La lutte pour les idées n’est jamais facile, le don de soi, l’engagement, la répression et autres rendent la vie, le quotidien difficiles ; et toute lutte doit être une reconnaissance de toute cette multitude d’êtres anonymes qui sont le soutien, l’aide dans ces luttes, pour cela, une reconnaissance de tout coeur à ses amis les plus proches, à sa compagne, son fils et à tous ses proches.

 

Jacky, mon frère, mon ami, tu resteras dans mon coeur et dans mon action, sans aucune mystification, comme tu étais, et avec tout le bon et moins bon que tu avais. Merci pour tout. Ces quelques mots te sont également adressés par Stéfano D’Errico, compagnon libertaire italien, secrétaire général de l’Unicobas, Aristides Pedraza de la O.S.C. suisse, et René Alvarez, anarcho-syndicaliste espagnol et membre de la CNT française à Perpignan.

                                                                                                     Jose Mari Olaizola