Fédération européenne pour un syndicalisme alternatif dans l'enseignement (FESAL-E)

Stage FESAL-E des vendredi 15 et samedi 16 octobre 2004

30 bis, Rue des Boulets (439 B), 75011 Paris (métro : Nation ou Rue des Boulets)

Pourquoi la dimension européenne ?

Quelle Europe ?

Un certain nombre de militants, français, belge, allemand, italien, dont certains sont des « experts » dont les recherches, les réflexions ou les travaux peuvent alimenter notre réflexion, y interviendront pour nourrir la discussion.

On peut envisager ces deux journées autour des thèmes et des contributions suivantes (selon un ordre du jour à adopter en début de stage. Nous ferons des propositions plus précises en fonction des horaires d'arrivée des divers contributeurs) :

1- Le cadre européen est-il pertinent pour une activité « internationale », au point de vouloir construire une organisation européenne ? Pourquoi ne pas englober le monde entier, d'autant que la « mondialisation capitaliste » a globalisé les problèmes ?

Il y a bien une offensive mondiale, ordonnée par les grandes institutions financières (FMI, Banque mondiale, OMC, etc.), en vue de faire triompher partout les exigences de déréglementation totale qui sont celles d'un capitalisme entièrement « financiarisé ». Il y a bien une tentative féroce de réduire l'ensemble de la force de travail mondiale à des normes qui se rapprochent de celles d'un « esclavage moderne » (avec la mondialisation d'une « armée industrielle — et agricole — de réserve » dans laquelle les patrons entendent pouvoir puiser à leur gré, délocalisant là où ils trouvent les meilleures conditions d'exploitation).

Mais si ce processus est en bonne voie d'aboutir à peu près dans tous les continents, il continue de se heurter avec de plus en plus d'impatience à des limites, à des contraintes héritées de dizaines d'années de luttes des salariés : des lois, des règlements, des droits du travail, des contrats, des conventions collectives, des grilles de qualification, une culture « ouvrière », une « résistance », etc.. Tout cela se concentre aujourd'hui dans le seul espace européen, ou à peu près…

L'Europe est devenue au fil des années un enjeu fondamental pour la normalisation et la globalisation complète de nouvelles conditions d'exploitation déjà implantées pour l'essentiel ailleurs dans le monde.

C'est ainsi que l'on peut comprendre l'assaut mené par la Commission européenne contre les « services publics », qui ne sont rien d'autre (comme « produits » politiques au moins) que la forme prise par ces « acquis », dans le cadre de « compromis historiques » passés entre le mouvement des salariés et les États (en particulier au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la reconstruction d'un capitalisme industriel ruiné, et menacé par de puissants mouvements ouvriers).

C'est aussi ce qui explique la bataille acharnée et continue de la Commission européenne contre les acquis, les droits du travail, les conventions collectives, la notion même de « qualification professionnelle » (remplacée par les « compétences » et la « formation tout au long de la vie ») : former la nouvelle force de travail déréglementée et fragilisée dont ce système a aujourd'hui besoin.

Cela nous contraint à apprécier parfaitement le rôle de la Commission européenne dans ce cadre. Elle est chargée par les institutions financières internationales de faire le travail que Margaret Thatcher a réalisé dans les années quatre-vingt, après y avoir été préparée et aidée par le FMI. Depuis cette date, le FMI n'est plus intervenu directement, mais a délégué et mandaté la CE pour faire le même travail.

2- La Confédération européenne des syndicats (La CES) : quelle est sa nature, quel est son rôle ? Peut-on se fixer la perspective de la « ramener » vers les salariés ? Peut-on y travailler ? Faut-il regrouper face à elle ou contre elle ?

Est-elle une « courroie de transmission » de la Commission européenne de l'Union Européenne ? Un « appendice syndical », tout entier convaincu de ne pouvoir rien y faire, et qui limite son ambition à « améliorer le brancard social » qui suit les ravages de l'offensive capitaliste dérégularisatrice ? Un champion de « l'accompagnement » (éventuellement « critique ») de cette offensive ?

Quelle est l'insertion des différentes confédérations nationales dans cet ensemble ? (en France, la délégation nationale globale est menée par la CFDT…) Quels problèmes cela soulève-t-il au sein de chacune ?

Mais au-delà, quelle conception du syndicalisme et de l'Europe y domine-t-elle ?

Peut-on considérer l'Europe comme un horizon qui, au niveau continental, de « super-Etat », finirait par revêtir les mêmes vertus supposées que les Etats-nations, lieux de compromis entre l'État et le salariat ? Ou n'est-ce qu'une machine à « raboter » tous les obstacles au plein exercice du capitalisme nouvellement constitué autour des institutions financières ?

En somme, faut-il se fixer de « redresser » la CES, sachant qu'il s'agit d'une création politique d'appareils, et non le produit, certes dévoyé, d'une confédération ouvrière ? Ou d'aider à ce que se dressent les salariés du continent contre la « normalisation mondiale » dont la CE de l'Union européenne est chargée, la CES lui apportant une aide en diluant, en détournant ou en décourageant les résistances aux plans européens ? C'est évidemment cette deuxième option qui donne son sens au projet FESAL-E.

Nous joignons deux textes de cette chercheuse (dont l'un a fait l'objet de sa communication à une réunion du G10 à Saint-Denis).

3) Ce qui se joue en ce moment en Allemagne par rapport à ces deux premiers points.

Avec les « manifestations du lundi », les salariés allemands entrent en lutte, surtout à l'Est du pays. Quels sont les enjeux dans un pays qui occupe objectivement une place centrale dans le capitalisme européen, qui est l'un des piliers de l'Union européenne, et qui est le pays où a été poussé historiquement le plus loin le compromis de la fin de la Seconde Guerre mondiale entre l'État et les organisations chargées de représenter les salariés.

Pour le comprendre, il suffit de savoir que ces manifestations ont comme motif principal l'opposition à la loi « Hartz IV », qui ravage les indemnités des chômeurs (innombrables à l'Est). Or Hartz, chef du personnel de Volkswagen, a été placé là par le syndicat et la social-démocratie, dans le cadre de la « cogestion »

Nous accueillerons Willi Hajek, syndicaliste berlinois, que les camarades de SUD connaissent déjà (il était venu à plusieurs reprises avec une délégation de syndicalistes allemands au local de Paris) pour nous en parler.

Avec lui, nous pourrons apprécier la portée et l'importance de ces mouvements (après la manifestation « centrale » du 2 octobre à Berlin, chose rarissime dans un pays qui redoute la centralisation… par expérience historique !), mais aussi l'état des processus d'auto-convocation, d'auto-organisation et de dégagement des appareils syndicaux.

Nous pourrons évaluer grâce à lui à quel point en est en Allemagne l'offensive générale européenne du capitaliste financiarisé.

Lui-même est engagé dans une bataille dans son syndicat à Berlin contre les bureaucrates qui entendent ne pas rompre avec le gouvernement Shröder et, pour cela, cherchent à se débarrasser des « gêneurs » dans son genre.

4) L'actualité nous impose une discussion sur le référendum à venir sur la « Constitution européenne » (ou sur les autres formes que sa ratification prendra dans les différents pays), et sur le débat que tout le monde cherche à réduire à l'alternative « oui » ou « non » (avec la nuance « non de gauche » !), en interdisant que se pose à cette occasion une discussion sur les points qui précèdent.

Cette période va permettre de se demander s'il faut dire « Non à l'Europe, et vive la Nation », ou s'il suffit de réclamer une Europe « sociale », ou même une « autre » Europe.

Mais c'est aussi l'occasion de lancer une vaste discussion pour élaborer ensemble l'Europe de la civilisation, des « travailleurs », et, dans notre champ particulier d'activité, ce que doit être l'école qui correspond à cette perspective politique.

Cela suppose que nous définissions des axes de travail collectif sur un certain nombre de points à ce propos.

Nos camarades italiens ont ainsi mis le doigt sur un problème bien concret : l'école est-elle un « service » (fût-il public !) ou une « institution » civilisatrice et humaniste, à la définition de laquelle doivent être appelés, non seulement tous les « professionnels » mais tous les « citoyens » et en particulier les salariés ?

Notre camarade Stefano d'Errico, responsable d'Altra-Scuola-Unicobas sera présent pour nous aider à y réfléchir à partir du travail réalisé par son organisation sur ce point, entre autres thèmes.

Mais ce sera l'occasion également de voir comment nous pouvons engager un vrai travail à l'échelle du continent sur le problème de la formation professionnelle (la formation des salariés à venir). Nous joignons à cet effet un texte déjà soumis à discussion, mais qui n'a pas été encore vraiment saisi collectivement. L'éclairage que peut nous donner le camarade allemand sera précieux, ainsi que les liens qu'il peut nous proposer avec ceux qui, dans son pays, posent par exemple le problème de l'« apprentissage », l'un des piliers du « compromis rhénan » !

5) Ce stage ne peut se conclure sans décisions de travail et d'action.

La première serait certainement de publier les exposés et les discussions de ces journées, tant il est vrai que l'action a besoin de clarification.

Mais la discussion est bien entendu ouverte sur toutes les décisions d'action prises ou à prendre (et en particulier la suite des démarches au parlement de Strasbourg) qui peuvent être envisagées au niveau européen et qui pourraient être proposées à cette occasion.

Venez nombreux !

Inscrivez-vous pour nous permettre

d'organiser au mieux ces journées.

Pièces jointes

  1. un texte de Corinne Gobin, résumant son intervention à St. Denis dans le cadre du G10.
  2. Un long article de Richard Hatcher, enseignant et chercheur anglais, sur les mutations du système éducatif britannique héritées de Thatcher et renforcées par Blair. Ce texte est d'un grand intérêt : le système anglais, à peu près abouti, selon les critères de la CE, est un véritable modèle qu'elle entend généraliser en Europe.
  3. Le tract qui a suivi la rencontre de Berlin, l'an dernier, où nous avons décidé d'avancer dans la création de la FESAL-E.
  4. Quelques réflexions sur l'enseignement professionnelle et sur sa « centralité » dans la réflexion sur l'École.